En prévision d’un bouleversement médiatique prévisible qui pouvait modifier les acquisitions des droits, notamment sportifs, il y plus de cinq ans, Georges Decerier, proposait aux chaines en clair non pas d’acquérir des droits mais d’investir en propriété dans les sports émergents à hautes valeurs ajoutées pouvant capter une cible de CSP +.
Cinq ans plus tard, le scénario catastrophe s’est produit :
Lire ces articles de presse :
Avec l'acquisition des deux chaînes du groupe Bolloré, le groupe Canal + a mis les deux pieds dans l'achat de droits, qui lui étaient jusque-là interdit : la diffusion de sports, mais aussi de films et de séries américaines, sur des chaînes gratuites et en clair. Et cela devrait bouleverser le paysage audiovisuel français et donner des sueurs froides aux patrons des chaînes privées comme publiques.
En effet, ce nouveau groupe Canal + pourra se porter acquéreur de toute la Ligue des Champions de football. Ainsi, Direct 8 pourrait avoir le premier choix de diffusion des matches des équipes françaises (choix détenu aujourd'hui par TF1) alors que Canal + et ses chaînes sœurs (Canal + Sport et Sport +) conserveraient leur droit de diffusion en crypté (Choix 2 et 3 ainsi que le magazine d'après match). La finale de la compétition qui, par décret, ne peut être diffusée exclusivement sur une chaîne payante, pourra maintenant être retransmise sur Direct 8.
Si TF1 peut trembler en attendant la reconduction de ce contrat, et celui de la Formule 1, France Télévisions est aussi concerné. Ainsi, France 2 pourrait perdre la diffusion, sur une chaîne en clair, de la finale du championnat de France de rugby ou bien celle des finales de Mondiaux ou de championnats d'Europe auxquelles participeraient une équipe de France. Une chaîne gratuite de la TNT de Canal + pourra diffuser la finale du championnat d'Europe de Basket, qui se déroule actuellement en Lituanie (France 2 a confirmé n'être pas encore "positionnée" sur cette finale, si les co-équipiers de Tony Parker se qualifient), ou des championnats d'Europe de Handball en 2012. Et rien n'empêche maintenant le groupe de Bertrand Méheut de diffuser en exclusivité sur toutes les chaînes de son nouveau groupe le Tour de France, les Jeux olympiques ou bien encore la Coupe du monde de rugby, actuellement diffusée par TF1, France Télévisions et... Canal +.
Enfin, cauchemar ultime pour TF1 et France 2 : tous les matches des équipes de France de football et de rugby pourraient ainsi être raflés par ce glouton médiatique et être diffusés sur Direct 8. C'est presque le cas, puisque cette chaîne diffuse déjà les matches de l'équipe de France espoirs et féminine. Et grâce aux Bleues (équipe féminine de foot), elle détient le record d'audience de la TNT. Le 16 juillet, Direct 8 était la deuxième chaîne de France, juste derrière TF1, avec un pic d'audience de 3 millions de téléspectateurs pour la diffusion de la demi-finale de la Coupe du monde féminine opposant la France aux Etats-Unis. Pour les chaînes historiques françaises, le scénario catastrophe est déjà en marche.
Pourquoi s'attaquer au marché de la télévision gratuite ?
La Réponse de CANAL + :
Il est indispensable de renforcer l'offre de la TNT gratuite avec des chaînes de qualité. Il faut que nous occupions le terrain sinon il sera conquis par de nouveaux acteurs comme Google TV, Apple TV, Hulu ou Netflix qui déferleront grâce à la télévision connectée. Cette évolution est inéluctable, il faut donc agir vite et développer la production française. Aujourd'hui, les chaînes qui concentrent leur offre éditoriale sur des séries américaines seront particulièrement affectées par les nouveaux acteurs de l'internet qui pourront bientôt les proposer directement aux téléspectateurs.
Avec Canal 20 nous visons une cible publicitaire de CSP + alors que les autres chaînes gratuites visent principalement les ménagères de moins de 50 ans. Notre régie publicitaire réalise déjà 90% de son chiffre d'affaires de 200 millions d'euros sur la seule cible des CSP +. C'est une population qui est peu ciblée actuellement, nous allons donc contribuer à élargir le marché publicitaire français qui est sous-développé : en France, le ratio des recettes publicitaires sur le PIB n'est que de 0,15%. Soit deux fois moins qu'en Italie et trois fois moins qu'aux États-Unis. Il y a une marge de progression. Pour attirer de nouveaux annonceurs, stimuler le développement du marché publicitaire et probablement la consommation, il faut permettre à de nouvelles chaînes ciblant de nouvelles populations d'émerger.